Sur les trottoirs de Paris, des jeunes Nigérianes victimes de la cruauté de leurs proxénètes

Une ancienne prostituée arrive pour témoigner contre le proxénète Omos Wiseborn, au palais de justice de Paris, le 29 juin. TADZIOCe ne sont que des ombres pour les passants, des dizaines de corps à louer dans l’obscurité du bois de Vincennes. Ils s’éclairent à la lumière des phares de voiture et de scooter de clients vaguement honteux. « On y va, chéri ? » Sur les trottoirs sablonneux bordant la route de la Pyramide, à Paris, les filles sont noires, parfois mineures et abîmées par la cruauté de leurs proxénètes, et les passes à 20 euros sur un matelas crasseux ou contre un arbre. La plupart d’entre elles viennent de Benin City, la capitale de l’Etat d’Edo, dans le sud du Nigeria. Elles ont risqué leur vie en traversant le désert et la mer avant d’échouer là, piégées dans les filets de compatriotes trafiquants d’êtres humains. Les plus anciennes travaillent dans des camionnettes décaties. Les autres errent le long de cette route, sac de préservatifs à la main, jusqu’au lever du soleil. Grace* n’avait que 13 ans lorsqu’elle a été jetée sur ces trottoirs. C’était en 2014, l’année de son arrivée en France, après avoir échappé à la mort en Libye et survécu au naufrage de son bateau dans la Méditerranée en s’accrochant au corps flottant d’une camarade morte. Placée dans un camp de migrants en Italie, elle en est extraite par son proxénète, un certain Omos Wiseborn, un Nigérian de 28 ans établi entre Naples et la région parisienne. A Paris, Miriam, sa compagne, elle-même prostituée, la bat et la surveille sur cette route de la Pyramide. Pendant plus d’un an, plus de mille fois, Grace a marché quelques mètres dans le bois avec un inconnu qui abusait de son corps d’enfant. Dix-neuf ans de prison Omos Wiseborn avait fixé le prix de sa liberté à 35 000 euros. Elle a payé. « Mais ça ne finit jamais, confie-t-elle au Monde. J’avais encore des milliers d’euros de dette. » Avec l’aide de l’association le Bus des femmes, qui lutte notamment contre l’esclavage sexuel, elle s’est peu à peu livrée. « Au début, j’avais très peur, reconnaît-elle. Je ne parlais pas français, je n’avais pas de papiers, je ne connaissais personne. » Elle finit par accepter de raconter aux policiers sa vie d’esclave, les menaces sur sa famille au Nigeria, les avortements imposés à ses camarades. De son témoignage devenu une plainte en 2015 se dégagent les contours d’un réseau très bien organisé de trafic international d’êtres humains orchestré par Omos Wiseborn. Il a été condamné le 3 juillet, devant la cour d’assises de Paris, à dix-neuf ans de prison pour traite des êtres humains et proxénétisme aggravé sur mineures de moins de 15 ans. Miriam Wiseborn, en fuite et visée par un mandat d’arrêt international, a été condamnée à vingt ans de prison. Il vous reste 81.5% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés. Let's block ads! (Why?)

Sur les trottoirs de Paris, des jeunes Nigérianes victimes de la cruauté de leurs proxénètes
Une ancienne prostituée arrive pour témoigner contre le proxénète Omos Wiseborn, au palais de justice de Paris, le 29 juin. TADZIOCe ne sont que des ombres pour les passants, des dizaines de corps à louer dans l’obscurité du bois de Vincennes. Ils s’éclairent à la lumière des phares de voiture et de scooter de clients vaguement honteux. « On y va, chéri ? » Sur les trottoirs sablonneux bordant la route de la Pyramide, à Paris, les filles sont noires, parfois mineures et abîmées par la cruauté de leurs proxénètes, et les passes à 20 euros sur un matelas crasseux ou contre un arbre. La plupart d’entre elles viennent de Benin City, la capitale de l’Etat d’Edo, dans le sud du Nigeria. Elles ont risqué leur vie en traversant le désert et la mer avant d’échouer là, piégées dans les filets de compatriotes trafiquants d’êtres humains. Les plus anciennes travaillent dans des camionnettes décaties. Les autres errent le long de cette route, sac de préservatifs à la main, jusqu’au lever du soleil. Grace* n’avait que 13 ans lorsqu’elle a été jetée sur ces trottoirs. C’était en 2014, l’année de son arrivée en France, après avoir échappé à la mort en Libye et survécu au naufrage de son bateau dans la Méditerranée en s’accrochant au corps flottant d’une camarade morte. Placée dans un camp de migrants en Italie, elle en est extraite par son proxénète, un certain Omos Wiseborn, un Nigérian de 28 ans établi entre Naples et la région parisienne. A Paris, Miriam, sa compagne, elle-même prostituée, la bat et la surveille sur cette route de la Pyramide. Pendant plus d’un an, plus de mille fois, Grace a marché quelques mètres dans le bois avec un inconnu qui abusait de son corps d’enfant. Dix-neuf ans de prison Omos Wiseborn avait fixé le prix de sa liberté à 35 000 euros. Elle a payé. « Mais ça ne finit jamais, confie-t-elle au Monde. J’avais encore des milliers d’euros de dette. » Avec l’aide de l’association le Bus des femmes, qui lutte notamment contre l’esclavage sexuel, elle s’est peu à peu livrée. « Au début, j’avais très peur, reconnaît-elle. Je ne parlais pas français, je n’avais pas de papiers, je ne connaissais personne. » Elle finit par accepter de raconter aux policiers sa vie d’esclave, les menaces sur sa famille au Nigeria, les avortements imposés à ses camarades. De son témoignage devenu une plainte en 2015 se dégagent les contours d’un réseau très bien organisé de trafic international d’êtres humains orchestré par Omos Wiseborn. Il a été condamné le 3 juillet, devant la cour d’assises de Paris, à dix-neuf ans de prison pour traite des êtres humains et proxénétisme aggravé sur mineures de moins de 15 ans. Miriam Wiseborn, en fuite et visée par un mandat d’arrêt international, a été condamnée à vingt ans de prison. Il vous reste 81.5% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés. Let's block ads! (Why?)